Un juge fédéral ordonne la publication de la déposition de (...)

Liberté de religion. Mise en place d’une Task Force au (...)

Judaïsme orthodoxe hassidique. De l’« intérêt de l’enfant » en (...)

@realDonaldTrump et 1er Amendement. Du droit de commenter (...)

Elvis Presley, le juge Gooding, la morale, le rire et la (...)

État racial et miscégénation : Loving.

“Loving”, le film de Jeff Nichols, arrive en France. Il raconte l’histoire authentique de Richard et Mildred Loving (joués par Joel Edgerton et Ruth Negga), lui Blanc, elle Noire, à qui il fallut une dizaine années pour obtenir, en 1967, la reconnaissance d’un droit constitutionnel à se marier opposable aux lois de la Virginie interdisant les mariages interraciaux (Miscegenation Law(s) ou Anti-Miscegenation Law(s)).

Dans un livre à paraître en mai 2018, l’on reviendra sur la longue et paradoxale histoire de la prohibition des mariages interraciaux aux États-Unis, une histoire qui pend fin lorsque la Cour suprême conclut en 1967 à l’inconstitutionnalité des Miscegenation Laws (ou Anti-Miscegenation Laws) dans Loving v. Virginia, arrêt dont le film de Jeff Nichols propose une micro-histoire.

On n’a pas idée de ce que purent être aux États-Unis les législations prohibitives des mariages interraciaux et même de simples relations interraciales, avec un point de fixation sur les relations entre Blancs et Noirs. Le 7 décembre 1964, dans McLaughlin v. Florida, la Cour suprême jugea inconstitutionnelle une loi de la Floride qui interdisait tout concubinage d’un couple hétérosexuel mixte (Blanc(he) et Noir(e)). Commentant cette affaire dans le New York Times du 22 novembre 1964 (“Race, Sex And the Supreme Court”), l’intellectuel Anthony Lewis, citant Gunnar Myrdal, le grand historien de la "question noire", faisait remarquer que la seule question qui revenait systématiquement dans la bouche des ségrégationnistes dans le Sud était : “Would you like to have your daughter marry a Negro ?”. Et, on n’a pas idée du nombre de lynchages dont firent l’objet les hommes noirs soupçonnés seulement d’avoir méconnu l’interdit de la miscégénation. Avec ce paradoxe universel (parce qu’il ne s’est pas limité au plaçage pratiqué à La Nouvelle-Orléans) que les hommes blancs avaient néanmoins le loisir de s’approprier des femmes noires, ce qui donna l’occasion à l’écrivain James Baldwin d’une réplique célèbre à un contradicteur Blanc opposé aux mariages interraciaux lors d’un débat télévisé (sur toutes ces questions, voir le chapitre III du livre à paraître).

Caricature politique de 1864, la « guerre de Sécession » n’étant pas terminée. L’un des arguments des adversaires de l’abolition de l’esclavage était qu’elle ouvrirait les vannes de la miscégénation, des mariages interraciaux. La campagne contre la réélection de Lincoln joua considérablement de cette hantise. Et l’industrie des caricatures et des publications hostiles à la miscégénation fut prospère jusque dans les années 1960.

Dans Loving v. Virginia, qui est communément dans la liste des cinquante plus grands arrêts de la Cour suprême, celle-ci conclut que l’interdiction par la législation d’un État fédéré de mariages interraciaux est contraire à la Constitution des États-Unis. La Cour prend ainsi acte d’une lame de fond dans l’évolution législative des États fédérés, ceux-ci étant aiguillonnés autant par les sensibilités nouvelles que par l’avant-gardisme (singulièrement sous-estimé en Europe dans le champ juridique ou des études américanistes) des juridictions fédérales et/ou des cours suprêmes d’État, comme en l’espèce celle de la Californie (de fait, il n’existe aucun grand arrêt de la Cour suprême en matière de droits civiques en particulier qui n’ait été la réception d’une solution déjà préférée par une ou plusieurs juridictions fédérales ou cours suprêmes d’État).

Après Loving v. Virginia, les États fédérés ayant encore des Miscegenation Laws doivent donc se plier sans pouvoir opposer de résistance effective comme pour la déségrégation scolaire : dans le mariage, il n’y a formellement que deux acteurs principaux intéressés à recevoir des pouvoirs publics un bout de papier attestant de ce qu’ils se sont mariés. Ces considérations ne sont pas les seules à faire de Loving v. Virginia l’un des plus grands arrêts de la Cour suprême. Il en est une autre, plutôt édulcorée dans les aspects judiciaires du film de Jeff Nichols mais débattue par les juridictions supérieures jusqu’à la Cour suprême ̶ et que l’on retrouvera près d’un demi-siècle plus tard à propos du mariage entre personnes de même sexe ̶ , la philosophie politique de la “fondamentalité” de la liberté du mariage dans une société libérale (sur toutes ces questions, voir le chapitre III du livre à paraître).

Lire
Lire - Ecouter
Lire

Mentions légales | Conception et réalisation: Lucien Castex | Plan du site | Accès restreint