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Livre : Blancs mais... Noirs. Le passing, une mascarade raciale aux États-Unis, éditions Jourdan, 2018, 220 p.

« La race est à la fois quelque chose de spécieux et quelque chose de réel. C’est ce que montre l’histoire de ces milliers d’Américains légalement Noirs parce qu’ils avaient « une goutte de sang noir » (one-drop rule) mais qui ont choisi de passer Blancs, voire de vivre comme tels, parce que phénotypiquement ils avaient l’apparence d’être Blancs. Ils pouvaient ainsi plus aisément s’enfuir du Sud esclavagiste et échapper aux chasseurs d’esclaves fugitifs. Cette mystification ne leur avait pas moins été utile pour échapper à la condition sociale faite aux Noirs, à la ségrégation et aux autres lois raciales dans le Sud, aux pratiques racialistes dans le Nord.
Le passage pouvait être ponctuel, lorsque, par exemple, il permettait de fuir l’esclavage et de leurrer les chasseurs d’esclaves fugitifs ou lorsqu’il permettait aux intéressés d’accéder à des services (établissements scolaires et universitaires, transports, commerces, hôtels, plages) réservés aux Blancs. Le passage pouvait être définitif tout en étant absolu ou relatif selon que celui qui avait passé définitivement Blanc coupait résolument les ponts avec les Noirs ou menait deux existences raciales radicalement séparées l’une de l’autre.
Ce livre propose une plongée dans cette migration raciale ayant eu cours aux États-Unis jusque dans les années 1950. Il y est question de politique de la race, notamment à travers l’obsession des suprémacistes Blancs pour la pureté raciale, à travers la faillite même de l’idée de la race que mettait en évidence le passing. Il y est question des arbitraires légaux en matière de définition de la race, des interdictions légales de la miscégénation entre Blancs et Noirs, de la valeur de bien attachée à la whiteness par les lois et par les juges. Il n’y est pas moins question de psychologie, à la faveur de portraits de « passages » et de refus de « passage » célèbres. Cet arbitrage sur l’opportunité de « passer » n’a jamais été une mince affaire, comme le montrent les drames ou les névroses du passing, que la littérature et le cinéma américains ont emphatisé à travers l’archétype du mulâtre tragique. »

Tags : États-Unis – Race – État racial – Colorisme – Esclavage – Ségrégation raciale – Droits civiques – Blackness – Whiteness – Métissage – Pigmentocratie

Ouvrage agrémenté de 42 photographies.

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« Je suis Blanche ! Blanche ! Blanche ! »

Affiche française non-officielle de Lost Boundaries, d’Alfred L. Werker (1949). Cette affiche, du graphiste René Lefèbvre, est plus heureuse par son titre et son iconographie que l’affiche officielle, improprement intitulée Frontières oubliées. DR René Lefèbvre.

1. Histoire de la taxinomie raciale : catégories du recensement fédéral depuis 1790

Le recensement fédéral périodique de la population américaine comporte des éléments de catégorisation raciale (ethnoraciale de nos jours). Dans la période contemporaine, c’est à chacun de cocher la case qu’il juge pertinente et même éventuellement plusieurs cases. Paul Schor, dans Classer et compter. Histoire des recensements américains (éditions de l’EHESS, 2009) raconte précisément l’histoire politique, légale, administrative et sociale des catégorisations raciales dans le recensement fédéral. Mais cette histoire se superpose à celle des législations et des pratiques administratives des États fédérés, spécialement dans le Sud.

Les catégories ethnoraciales du recensement fédéral américain sont disponibles ICI.

2. Cour suprême (1896) : Plessy v. Ferguson. Une histoire de passing activiste.

Plessy v. Ferguson, 163 U.S. 537 (1896). « Séparés mais égaux » (Separate but Equal) : la ségrégation raciale n’est pas contraire au principe constitutionnel d’égale protection des lois. Or le requérant, Homer Plessy, métis, était passé Blanc dans une démarche militante de mise en évidence du caractère absurde de la définition légale des Noirs et des Blancs en vigueur en Louisiane. Mais l’affaire a un deuxième enjeu en termes de sociologie du droit : la Louisiane était, en effet, un endroit très particulier en matière raciale, eu égard à l’influence française et à l’influence espagnole. L’histoire d’Homer Plessy (photo) est donc aussi celle du colorisme, une question qui n’était pas moins posée à la fin du XIXe siècle lorsque nombre de leaders Noirs étaient des Noirs volontaires que lorsque le magazine noir Jet titre en 1953 « Les créoles sont-ils des Noirs ? ».


3. Les « Noirs invisibles ». Problème politique et épine judiciaire.

Combien furent-ils, ces Noirs « invisibles » ? Des centaines de milliers, disent certaines sources. Étaient-ils d’ailleurs si « invisibles » que cela ? Ce sont ceux-là mêmes qui prétendaient les reconnaître au premier coup d’oeil qui, à la fin du dix-neuvième siècle, finirent par croire qu’ils « sont partout » (voir à ce propos les développements du livre relatifs aux archives judiciaires et aux dépositions souvent cocasses de témoins lorsqu’il s’agissait, pour toutes sortes de litiges, de dire si un tel est Noir ou Blanc). Dans le livre, ceux des Noirs invisibles et des Noirs volontaires dont on a proposé des portraits sont ceux qui sont nationalement connus.


4. Les juges et la « sudisation » du Texas

Le Texas, pour n’avoir adhéré à l’Union américaine qu’en 1845 mais pour avoir été esclavagiste, n’était cependant guère présent dans les études sur l’État racial en Amérique jusque dans les années 2000, pour des raisons diverses allant de l’influence juridique espagnole à la croyance que les juges du Texas n’avaient pas commis de jugements en matière d’esclavage.

Or, ce ne sont pas moins de 485 arrêts qui ont été rendus sur cette question par la Cour suprême du Texas entre 1840 et 1907 (ce qui suggère des milliers de cas au niveau des juridictions inférieures). Et l’on trouve dans ces arrêts exactement les mêmes enjeux que ceux des autres États esclavagistes (le statut des esclaves autant que celui des libres de couleur) et ségrégationnistes.


5. Les « Noirs volontaires ».

Ce petit comté de l’Ohio a une particularité :sa population se définit depuis un siècle, de génération en génération, comme étant Noire. Y compris ceux, nombreux, qui ont l’air d’être Blancs mais qui revendiquent ainsi le fait d’avoir du « sang noir ». Un intéressant reportage radiophonique a été consacré à ce comté en 2012.


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